Accéder au contenu principal

Pour un éveil du management face au risque normatif

On ne peut pas conduire un véhicule automobile sans connaître le code de la route, on ne peut pas jouer au football sans connaître les règles du jeu ..et pourtant combien de managers méconnaissent le cadre normatif de leur activité. Le non respect (involontaire) des normes a un coût ! il est temps de redonner sa place dans les formations au management à la connaissance du cadre normatif de l'activité entreprenante !

Il est devenu banal de constater la densification croissante du maillage normatif de l’entreprise, il s’agit d’une véritable « inflation normative » dont s’est inquiété le gouvernement en demandant à une mission de rédiger un rapport pour lutter contre cette inflation : un stock croissant de … 400 000 normes qui s’est constitué au fil du temps « par addition, sédimentation, superposition, comme les couches d’une géologie juridique  » .
Le coût des nouvelles normes de 2008 à 2011 a été évalué à … 2 milliards d’euros. 
Pour tempérer ce coût, il convient de distinguer le coût des normes techniques,  normes souvent produites par des professionnels et leurs groupes de pression qui peuvent être intéressés à une production importante de normes conduisant à l’obsolescence programmée d’équipements et à leur renouvellement, et le coût des normes juridiques qui structurent et conditionnent la vie des affaires. 

L’entreprise n’est pas seulement objet normatif, elle est aussi productrice de normes par le jeu très encadré du dialogue social. Ces normes, de valeurs juridiques inégales, multiples et instables, peuvent devenir source d’insécurité et de risque juridique lorsqu’elles entrent en concours.

C’était le lot quotidien de tout responsable des ressources humaines d’ignorer, d’éviter, de subir avec le moins de dégâts possible le normatif. 
On lui demande de devenir acteur et d’assurer la sécurité juridique, c'est-à-dire d’œuvrer dans la mesure du possible pour identifier les risques juridiques et garantir ainsi – dans la mesure du possible -  l’immutabilité des situations juridiques.  

Le risque juridique pouvant être défini par la « définition outil » proposée par deux chercheurs de l’Edhec comme « la conjonction d’une norme juridique et d’un événement, l’un et/ou l’autre étant marqué(s) par un certain degré d’incertitude. Cette rencontre entre une norme juridique et un événement dans un contexte d’incertitude va générer des conséquences susceptibles d’affecter la valeur de l’entreprise »  (Collard & Roquilly, 2011). 

L’évitement, le déni normatif ne sont plus possibles.
Peut-on conduire un véhicule automobile sans connaître le code de la route ?
Peut-on jouer au football sans en connaître les règles ?
Peut-on vivre en société sans respecter certaines civilités ?
Peut-on manager des hommes, diriger une entreprise sans anticiper, connaître, maitriser son environnement normatif ?

Malheureusement la formation juridique de nos managers est trop souvent étique quand elle existe !
Les outils, les méthodes existent cependant … 
Quand réconciliera-t-on enfin le droit et le management ?
Il ne s’agit plus seulement de connaître et d’actualiser son environnement normatif mais aussi, pour définir sa stratégie, d’anticiper, de suivre l’élaboration des normes afin de connaître le futur normatif.
Comme l’a démontré Claude Revel « Le droit lui-même devient un objet de compétition » (Revel, 2013). Dans un monde en mutation sous l’action combinée de  la mondialisation, des technologies de communication et de la transition énergétique où s’enchevêtrent anciens et nouveaux systèmes, une demande émerge pour gouverner les organisations avec le support d’un système de management rompu au maniement des normes : un « système de management des normes et instruments juridiques ».
Il s’agit bien d’un « système » entendu comme un ensemble d'éléments corrélés ou interactifs d'une organisation, utilisés pour établir des politiques  et des objectifs, et des processus  pour atteindre ces objectifs
D’un système qui s’intègre globalement aux autres systèmes : système de management financier, des risques, de l'environnement, de la santé et de la sécurité. 
Ce « système de management  » repose en amont, sur une forte éthique, et en aval, atteste d’une régularité avec le cadre légal et règlementaire, partie intégrante des objectifs stratégiques généraux de l’entité entreprenante. Il est  rendu d’autant plus nécessaire que les directives  imposent dorénavant d’établir (certes pour les grandes entreprises dans un premier temps) une déclaration non financière comprenant des informations relatives au minimum aux questions d'environnement, sociales et de personnel, de respect des droits de l'homme et de lutte contre la corruption. Cette déclaration devra contenir une description des politiques, des résultats et des risques liés à ces questions et être incluse dans le rapport de gestion de l'entreprise concernée. Elle posera évidemment la question du respect de la norme. 

Ce système de management normatif doit permettre de « redonner sa place à un management reposant sur  la faculté de jugement et non sur la faculté de calcul, c'est-à-dire sur des opérations de qualification juridique (distinguer des situations différentes pour les soumettre à des règles différentes) et non de quantification (ramener des acteurs et des situations différentes à une même unité de compte) et de programmation  » (Supiot, 2010). 
Il s’agira donc de redonner toute leur place aux normes juridiques  dans les actes de gestion et de développer une véritable « intelligence du droit » (Warusfel, 2009) dans le management de l’entreprise. 
--------- 
Collard, C., & Roquilly, C. (2011). Propositions pour une définition et une méthode de cartographie du risque juridique. EDHEC BUSINESS SCHOOL Centre de recherche LegalEdhec. 
Revel, C. (2013). Developper une influence normative internationale stratégique pour la France. 
Supiot, A. (2010). L'esprit de Philadelphie. Seuil 
Rapport 2013 de la mission de lutte contre l’inflation normative

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Rachat des jours de RTT

Pour relever le pouvoir d’achat des Français, le gouvernement a mis en place une loi permettant de racheter les jours de RTT non pris en 2007. Les salariés dont l’entreprise est passée aux 35h pourront donc demander à se faire payer les jours de RTT, non pris en 2007. L’opportunité de ce texte est de permettre à un salarié de négocier de gré à gré avec son employeur le paiement de jours de RTT non pris. Ce que jusqu’à présent, il ne pouvait pas faire. En revanche, la possibilité de rachat de jours de RTT existait grâce aux dispositifs de CET (compte épargne temps). Simplement, ils exigeaient la signature d’accords collectifs. Ainsi, la loi n° 2008-111 en faveur du pouvoir d’achat est parue au journal officiel le 8 février 2008. L’essentiel de ses mesures est applicable depuis le 11/02/2008. Une circulaire du 12/02/2008 précise les procédures. ( suite )

Qui ne dit mot ne consent … pas toujours !

A la lecture des décrets fixant les exceptions au nouveau principe que le silence de l'administration vaut accord, on peut être dubitatif sur la simplification annoncée haut et fort ! ______________________________________________________________________ On pouvait saluer le souci de simplification des relations entre l’administration et le gouvernement se traduisant par l’affirmation du principe que le silence gardé par l’administration vaut accord … Certes le silence vaut dorénavant accord dans un certain nombre de situations, mais à la lecture des exceptions figurant dans les décrets on recherche la simplification ! Avant de prendre une décision, il faudra vérifier : 1. Dans les tableaux fixés par décrets, si la situation n’est pas une situation d’exception, 2. Si la situation n’est pas une situation d’exception, vérifier que le silence vaut bien accord comme le veut le nouveau principe … Bon courage ! 1. Qui tacet consentire videtur ( qui ne dit mot c...

La pénibilité en Plan pour 2012, le montant de la pénalité est déterminé

La rentrée sociale pour les directions des ressources humaines va se faire avec en toile de fond un maître mot : la pénibilité. Il va falloir la définir, la négocier ou à défaut planifier les mesures visant à réduire les facteurs identifiés. L’échéance de 2012 est proche et les pénalités dorénavant connues … Yvan Loufrani / ISC Paris La pénibilité au travail a été définie par le Rapport Poisson (2008) comme le «  résultat de sollicitations physiques ou psychiques qui, soit en raison de leur nature, soit en raison de la demande sociale, sont excessives en regard de la physiologie humaine et laissent, à ce titre, des traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé et l’espérance de vie d’un travailleur ». Pour l’Anact, il s’agit plutôt d’une usure professionnelle, d’un «  processus d’altération de la santé lié au travail qui dépend du cumul et/ou de combinaisons d’expositions de la personne à des contraintes du travail qui peuvent être de natures diverses … ). Qu...